Selon IDC, les dépenses mondiales pour les systèmes d’intelligence artificielle devraient atteindre 97,9 milliards de dollars en 2023, contre 37,5 milliards en 2019 et connaîtront un taux de croissance annuel de 28,4 % jusqu’à cette date. Ce sont les États-Unis qui représenteront plus de 50 % de toutes les dépenses d’IA sur cinq ans, l’Europe occidentale venant en deuxième position. Dans ce contexte, le Toulousain Adagos, spin-off de l’Institut de Mathématiques de Toulouse (IMT) a mis au point NeurEco, un logiciel IA qui révolutionne le secteur en améliorant la précision des prédictions quantitatives, tout en ayant besoin de beaucoup moins de ressources pour fonctionner. Les explications de Mohamed Masmoudi, fondateur de la société et ancien professeur à l’IMT.

 

Quelle est la grande tendance de l’intelligence artificielle ?

La tendance générale de l’IA est de plus en plus orientée vers le gigantisme. Mais à côté de cela, nous dessinons une nouvelle tendance frugale de l’IA, orientée vers l’analyse prédictive. Cette dernière est capable, en croisant des données de différentes sources, de prédire l’impact de décisions et donc d’aider à prendre celles qui seront les plus efficaces.

 

Quel exemple d’analyse prédictive pouvez-vous nous donner ?

Nous travaillons, par exemple avec des constructeurs automobiles sur trois petits programmes d’intelligence artificielle embarqués sur un moteur hybride. L’un de ces programmes est capable de prédire la torsion d’un arbre qui connecte moteur électrique et moteur thermique, qui a tendance à casser. Résultat : le moteur électrique se débranche automatiquement quand le programme prévoit que l’arbre en question va subir une torsion trop forte. Ce dernier ne se casse plus. Il est protégé par le système.

 

Quelle est plus généralement votre conception de l’IA ?

Ce que l’on partage avec l’intelligence artificielle traditionnelle, c’est la structure des réseaux neuronaux (algorithmes inspirés du fonctionnement des neurones du cerveau humain). Pour autant, les logiciels d’intelligence artificielle créés par Adagos s’en démarquent radicalement. Nous affirmons que l’on peut faire mieux et plus avec moins de ressources. En d’autres termes, il reste possible d’émettre une très bonne prédiction (voire meilleure) en ayant besoin de moins de données. Cela est possible en vertu du principe de parcimonie qui affirme que « tout doit être aussi simple que possible mais pas plus simple ». C’est pourquoi chez Adagos, nous créons des réseaux neuronaux de petite taille. Cela permet de diviser par 1 000 les ressources nécessaires à la mise en œuvre des méthodes d’apprentissage automatique. 

 

Pour quelles conséquences ?

Notre réseau se crée de manière automatique. Il n’y a donc pas besoin d’être initié à l’intelligence artificielle pour pouvoir la mettre en œuvre, contrairement à l’intelligence artificielle classique. Nous nous positionnons sur les secteurs concernés par l’industrie 4.0. basée sur l’internet des objets. Avec, entre autres, la possibilité de faire de la maintenance prévisionnelle sur des installations industrielles ou sur n’importe quel véhicule, n’importe quelle ferme solaire, n’importe quelle ferme éolienne, mais également dans le domaine de la santé. Nous participons à un projet européen dont le but est de préparer une intervention chirurgicale sur la colonne vertébrale d’un patient. Les domaines d’application sont immenses.

 

Qu’en est-il de votre business model ?

Notre approche parcimonieuse de l’IA n’intéresse pas les acteurs majeurs de ce domaine. Elle est incompatible avec leur modèle économique, basé sur la vente de ressources énormes de calcul sur le Cloud au prix fort. Pour notre part, nous avons opté pour un autre modèle économique, basé sur la vente de nos logiciels NeurEco. Il en coûte 7 500 euros et moitié moins pour les entreprises de moins de 10 salariés. De plus, aucune compétence particulière n’est exigée pour mettre en œuvre NeurEco.