La France est l’un des pays d’Europe enregistrant les dépenses de santé les plus importantes. En 2018, celles-ci s’élevaient à 203,5 milliards d’euros. Alors que le secteur a vécu ses dernières années, de la loi ANI au reste à charge zéro, d’importantes transformations, à quels enjeux sont confrontées aujourd’hui les mutuelles d’entreprises ? Au moment où de nouvelles négociations de branche sont en cours, Thierry Boob, directeur général d’Umanens, acteur mutualiste de référence spécialisé dans le domaine des contrats collectifs, répond à nos questions.

 


Quels sont les principaux enjeux auxquels vous avez été confrontés ces dernières années ?

Lors de ces dernières années, nous avons assisté une inflation législative assez forte. Elle s’est traduite par l’entrée en vigueur de l’ANI (Accord national interprofessionnel) qui impose à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, de faire bénéficier leurs salariés d’une mutuelle santé obligatoire. Cette loi a généré, au moment de sa mise en place, un grand flux de nouveaux entrants du côté entreprises. A cet état de fait, il faut ajouter son impact sur les négociations concernant les différentes branches professionnelles au sein des conventions collectives ; discussions qui visent à déterminer les garanties qui leur sont propres. Cela a démultiplié l’offre et le nombre de produits à créer pour les complémentaires santé qui ont été dans l’obligation de les déployer très rapidement pour se mettre en conformité avec les différents textes. Pour y parvenir, le secteur a accéléré sa transition digitale en multipliant les outils numériques de souscription. Dans le même temps, comme le reste du secteur, Umanens a dû s’adapter au « 100 % Santé » (reste à charge zéro) avec des incertitudes sur ses conséquences en termes de résultat.

 

C’est-à-dire ?

Quand l’ANI a été voté, beaucoup d’observateurs ont prédit une bascule énorme de l’assurance individuelle vers les mutuelles d’entreprise. Cela n’a pas été le cas. Le même schéma s’est répété concernant les produits de convention collective. De nombreuses personnes ont préféré rester sur des contrats standardisés afin de conserver un degré de liberté dans leurs propres choix.

 

Vous parliez des négociations de branche. Celles-ci se sont ouvertes concernant les cinq prochaines années et devraient se prolonger jusqu’à la fin de 2020. Qu’attendre de ces dernières ? 

Les accords de branche ont besoin d’être remplis. Il faut y adhérer. C’est essentiel, car le principe même de ces accords est de protéger les entreprises qui y participent, ce qu’il leur procure une réelle force de négociation vis-à-vis des assureurs. L’objet des négociations actuelles est, entre autres, de proposer des mécanismes innovants de manière à fixer des tarifs performants qui permettent d’avoir de meilleures garanties à un bon prix. D’autre part, il existe un mécanisme qui se nomme le « degré élevé de solidarité » qui est discuté lors de ces négociations. En général, 2 % des cotisations des entreprises intègrent un fonds de solidarité. Ce dernier sert à financer un certain nombre d’actions liées à l’activité de la branche et figure au menu des négociations qui viennent d’être ouvertes.

 

Dans ce contexte, quelle va être la stratégie d’Umanens ?

Nous allons renforcer notre offre de services. Nous avons beaucoup travaillé sur une offre dématérialisée. Elle permet de donner au DRH le contrôle sur son contrat sans avoir à passer par des procédures lourdes et procure au salarié un dispositif fluide. Ce dernier lui donne la possibilité de procéder facilement à l’ensemble des actions liées à un contrat et de le faire en toute indépendance, s’il le souhaite. Concernant les accords de branche, nous avons entamé une réflexion poussée concernant le « degré élevé de solidarité ». L’idée est d’élaborer la proposition pertinente relative à l’activité de chaque convention puisque les besoins ne sont pas les mêmes de l’une à l’autre. Enfin, nous allons mettre à jour notre offre de surcomplémentaire santé. L’année atypique que nous traversons, crise du Covid-19 oblige, fait qu’il reste malgré tout difficile d’analyser correctement ce qui va advenir dans les mois à venir.