Plus que jamais valorisées par les recruteurs, les soft skills, compétences comportementales, désignent entre autres les capacités de communication, le sens du relationnel, ou encore l’adaptabilité. Autant de compétences aujourd’hui nécessaires pour répondre aux objectifs fixés par les entreprises dans un monde économique de plus en plus marqué par l’instabilité. Est-ce à dire qu’elles ont définitivement pris le pas sur les hard skills (compétences techniques) ? Les réponses de Dominique Duquesnoy, directeur général de la société Performanse, spécialiste des soft skills et des sciences de l’évaluation.

 

Pourquoi les soft skills prennent en matière de gestion des ressources humaines une place de plus en plus importantes ?

Les soft skills (compétences comportementales, savoir être), prennent effectivement une place grandissante dans les processus de recrutement. Pour l’expliquer, il faut examiner l’évolution des termes de la relation employeurs/employés. Il y a encore quelques années le contrat « psychologique » qui liait les deux était le suivant : sécurité de l’emploi contre loyauté, dans un contexte où l’organisation pouvait quasiment garantir l’emploi à vie. Avec les crises successives, cette stabilité ne pouvant plus être garantie, on est passé à autre type d’accord où l’employeur va favoriser l’employabilité du salarié contre son engagement.

 

C’est-à-dire ?

Aujourd’hui, les entreprises se trouvent dans un environnement par essence instable (évolution des attentes client, évolution du cadre réglementaire, digitalisation, développement du travail à distance…) et doivent évoluer rapidement. D’où la nécessité de faire montre de ressources adaptatives. Un salarié doit aujourd’hui innover, challenger l’existant avec une pensée critique, être dans une démarche collaborative afin de développer l’intelligence collective. Autant de compétences directement dépendantes des soft skills.

 

Est-ce à dire que pour un employeur, les hard skills (compétences techniques) sont en train de passer au second plan ?

Ce n’est pas du tout mon point de vue. Je ne pense pas qu’aujourd’hui, les soft skills supplantent les hard skills. Ces dernières restent extrêmement importantes. Les entreprises ont aussi des objectifs court terme de production où les compétences techniques, le savoir-faire, sont déterminants.

 

Les soft skills prennent-elles une importance particulière au moment où l’on parle de plus en plus du télétravail ?

Un préambule : ce qui s’est passé pendant le confinement est très spécifique et ne représente pas la norme en matière de télétravail. Cela dit, la réponse à votre question est positive. Le télétravail va solliciter des soft skills particulières comme avoir une vision claire de ses activités, savoir réguler ses efforts, pouvoir maîtriser son agenda, comprendre les attentes de son organisation, gérer une situation inattendue et donc faire preuve d’autonomie, alors que l’on est moins en coordination interstitielle avec sa hiérarchie et ses collègues. Certes le télétravail présente de réels avantages comme éviter les transports ou bien encore développer la responsabilisation. Mais tout le monde n’est pas doté des dispositions utiles pour être performant dans une telle configuration. C’est pourquoi cette transition nécessite la mise en place d’un réel accompagnement.

 

Justement, peut-on développer ses soft skills ?

Oui, mais pour cela, il faut des conditions particulières qui sont au nombre de trois. D’abord avoir conscience de l’utilité de mobiliser de nouvelles soft skills, donc posséder une vision claire des attentes de l’entreprise. Ensuite, être motivé pour le faire en ayant une connaissance fine de ses propres soft skills. Enfin, avoir le sentiment de bénéficier du soutien de son environnement concernant les efforts à déployer pour développer ces nouvelles compétences comportementales.