Pour les industriels de l’agroalimentaire, la biosécurité est un enjeu essentiel. Au fil des ans, la réglementation en la matière s’est à la fois complexifiée et mondialisée. Pour répondre aux exigences en la matière, ces derniers s’adressent aux grandes entreprises de la biosécurité (hygiène des sites de production) dont le français Kersia fait incontestablement partie. La société, qui vient de racheter le britannique Holchem, entend poursuivre son développement à l’échelle mondiale, notamment grâce aux technologies numériques. Les explications de Sébastien Bossard, Président de Kersia.

 


Comment la France est-elle placée en matière de biosécurité ?

En la matière, la France se place incontestablement dans le haut du classement. Les procédures mises en place sont parmi les plus rigoureuses. A titre d’exemple, suite aux différents scandales alimentaires de ces dernières années, les pouvoirs publics ont renforcé les contrôles et augmenter le nombre de vétérinaires présents dans les abattoirs. De manière plus générale, les Français conjuguent aujourd’hui recherche du bien-être animal et exigences en termes d’hygiène, ce qui fait de la France un très bon élève du point de vue biosanitaire.

Quels sont les effets de la pandémie de Covid-19 sur la réflexion autour de ces sujets ?

Les protocoles de biosécurité, qui visent à ce que les aliments produits soient sains, loyaux et marchands pour le consommateur final, étaient déjà d’un très bon niveau avant la pandémie. Il paraît très difficile de les renforcer. Cela mettrait des contraintes trop importantes dans la chaîne de production et aboutirait à créer des problèmes de compétitivité. Là où il existe des degrés possibles de progression est en rapport avec ce que je nommerais « les gestes du quotidien ». Avant la crise Covid-19, un restaurant ne vous proposait pas de vous désinfecter les mains avant de prendre votre commande. C’est aujourd’hui mis en place et, objectivement, cela fonctionne plutôt bien. Reste à savoir si, dans ces nouveaux marchés, cela va s’inscrire dans la longue durée.

En quoi votre secteur est-il impacté par le développement du Big Data qui permet, notamment, le développement de l’analyse prédictive ?

Kersia vient de prendre une participation dans Connecterra. La start-up évolue dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA) appliquée au monde de l’agriculture, et plus particulièrement des éleveurs laitiers. L’idée est de collecter des données directement chez l’exploitant. L’IA va alors traiter ces données et la transformer en un conseil pédagogique à l’éleveur qui va lui permettre d’augmenter la productivité de son exploitation tout en réduisant l’impact de l’agriculture sur la planète : par exemple lui éviter de produire un lait qui soit contaminé ou bien encore l’aider à dispenser le produit adéquat à la bonne quantité afin de prévenir d’éventuelles répercussions sur l’environnement. Il faut également mentionner l’aspect économique puisque qu’une telle solution va permettre à l’éleveur d’optimiser ses process de production pour pouvoir tirer le meilleur revenu possible de ses activités et renforcer ainsi sa situation financière. Grâce à la technologie de Connecterra, Kersia enrichit son offre de services et de solutions digitales et propose aux agriculteurs une solution améliorée, incluant la digitalisation et les aidant à produire mieux.

Le monde de la biosécurité connaît un mouvement de concentration important. Kersia vient d’ailleurs de racheter l’entreprise britannique Holchem. Quels en sont les facteurs explicatifs ?

La première explication est d’ordre réglementaire. Les exigences en matière de fabrication de produits de biosécurité et de leur mise sur le marché ont explosé au cours de ces dernières années. Exemple : pour pouvoir maintenir sur le marché les désinfectants que nous produisons, il est nécessaire de remplir des dossiers d’enregistrement qui ressemblent beaucoup à ce que l’on peut trouver dans l’industrie pharmaceutique. Il faut donc pouvoir disposer de moyens techniques et financiers très importants pour pouvoir se conformer aux exigences édictées par les dossiers en question et être en conformité avec ces aspects réglementaires qui sont, aujourd’hui, mondiaux. Ce niveau d’investissement est hors de portée pour une petite structure. De plus, les géants de l’agroalimentaire avec lesquels nous travaillons possèdent des usines dans le monde entier afin d’être proches de leurs clients finaux. C’est pourquoi nous nous devons d’avoir une taille suffisante afin de pouvoir adresser commercialement les mêmes solutions de sécurité partout dans leurs usines.

Aujourd’hui, d’un point de vue stratégique, Kersia affiche deux grandes ambitions : faire progresser le chiffre d’affaires de la société à 500/600 millions d’euros d’ici 3 à 5 ans, contre 300 millions d’euros actuellement. D’autre part, nous allons faire évoluer notre modèle pour passer d’une entreprise qui propose des solutions de biosécurité (détergents et désinfectants) issues de la chimie classique et biosourcée, à une offre qui va s’appuyer sur trois piliers : la chimie, la biotechnologie, et le digital. C’est là toute la mission de Kersia : faire mieux et différemment pour inventer de nouvelles solutions pour demain et ainsi garantir la biosécurité et la sécurité des aliments sur toute la chaîne alimentaire de la fourche à la fourchette.