Aménagement des espaces de travail, optimisation des surfaces, réaménagement, déménagement, renégociation d’un bail… la crise sanitaire change la donne de l’organisation du travail. Contrainte ou opportunité ? Les mentalités évoluent à toute allure. Éclairages avec Rémi Mangin, co-fondateur et dirigeant de CDB.

 


Pouvez-vous revenir sur l’origine de CDB ? Comment vous positionnez-vous sur votre marché et pour quels secteurs intervenez-vous ? 

CDB est un cabinet de conseil spécialiste de l’aménagement des espaces de travail.  Notre structure est née il y a près de 20 ans de notre passion pour les lieux en général, et particulièrement les lieux de travail pour les personnes qui y travaillent. Nous alignons la vision et la culture des organisations pour créer des environnements inclusifs qui motivent le développement individuel et collectif des utilisateurs. On passe souvent plus de temps sur son lieu de travail que partout ailleurs !  Ce qui donne du sens à notre travail, c’est de co-créer avec nos clients et leurs collaborateurs des lieux et des espaces dans lesquels ils vont passer beaucoup de temps. S’ils s’y sentent bien et qu’ils sont efficaces, nous avons gagné. Nous mettons en œuvre des opérations très en amont en travaillant directement avec les femmes et les hommes qui utilisent le lieu et l’outil de travail afin de le réaliser ou de le reconfigurer ensemble 
Notre expérience est un atout indéniable. Nous nous basons sur toutes les données acquises au fil de nos projets pour étayer nos recommandations. Les architectes et ingénieurs de CDB ont le champ libre pour concevoir et réaliser des espaces à la hauteur des enjeux de l’entreprise. 
Notre approche est itérative, adaptative, inclusive, mais encore et surtout audacieuse pour porter les ambitions de l’entreprise que nous accompagnons au-delà de ce qu’elle aurait imaginé pouvoir faire. 
 Nous créons des lieux pour créer du lien. Notre singularité réside dans notre approche pragmatique qui s’appuie autant sur nos recherches et nos outils que sur la culture des entreprises que nous accompagnons.  Nous intervenons principalement pour des espaces tertiaires dans tous les secteurs d’activité mais aussi pour des écoles, des espaces apprenants, le retail et la restauration. 

 

Quels sont les grands enjeux pour lesquels vos clients vous sollicitent ?

Nos clients sont confrontés à quatre enjeux majeurs qui influent sur leurs demandes : l’économie, l’attractivité, l’agilité, l’environnement. Parfois, ces quatre enjeux s’entremêlent. A l’heure de l’entreprise augmentée, les enjeux de nos clients sont transverses.

Lorsque les entreprises cherchent des économies elles sont tiraillées parce qu’elles ne peuvent pas abandonner les enjeux environnementaux, d’agilité ou d’attractivité des talents. La frugalité n’est cependant pas une fin en soi. Cependant, on peut faire beaucoup tout en étant économiquement responsable. Face aux demandes, nous devons être dans l’optique de tirer nos clients vers le haut, c’est notre défi et nous nous y attelons chaque jour.  

Le plus souvent, les clients sollicitent CDB sur des problématiques liées de redéfinition des lieux. Nous travaillons beaucoup sur des prototypes de nouvelles configurations, avec par exemple la création ou l’aménagement d’un ou de plusieurs nouveaux lieux dans les locaux, qui permettent un retour convivial en entreprise malgré les contraintes sanitaires liées à la Covid-19.

Pour d’autres clients plus « avancées » sur ces questions, nous travaillons sur des lieux « agiles ». Certes, ce mot est galvaudé mais il s’agit bien d’agilité, à savoir des lieux qui vont permettre une très grande flexibilité et un grand nombre de configurations potentiels dans une utilisation élastique.  

Les entreprises sont à l’heure actuelle dans une phase de « test and learn » vis-à-vis du télétravail. Elles cherchent à comprendre, par un retour d’expérience progressif, ce qui doit ou peut être fait pour améliorer les conditions. Et surtout où tout cela peut être fait : la maison, les tiers lieux, le bureau… Nous partageons avec elles les connaissances que nous avons sur les meilleures interactions possibles entre les lieux et les personnes.  

Avant c’était simple, l’organigramme et les fonctions se lisaient dans les lieux, aujourd’hui on constate une très grande diversité des modes d’organisation. Avec trois lieux : le siège social, le tiers lieu et le domicile que le collaborateur peut occuper alternativement avec un rythme variable.

 

La crise sanitaire liée à la COVID-19 a de fortes conséquences économiques et a vu l’émergence d’une nouvelle organisation du travail avec notamment une montée en puissance du télétravail. Quels sont les impacts de cet épisode inédit sur vos activités et sur la nature des demandes de vos clients ? 

La première attitude à adopter consiste à ne pas se précipiter car le sujet est complexe et profond. Le confinement a donné un appel d’air au télétravail, tout cela était latent. Nos clients sont en quête d’un « modèle » différent sans toujours bien identifier ce qui est positif ou non. Mais les dommages psychiques pour les salariés et les adaptations organisationnelles pour les entreprises sont tellement lourds qu’il faut avancer avec prudence et discernement. Il est dorénavant acquis que les sièges sociaux ne seront plus les seuls lieux à abriter le travail. Il y en aura deux autres : les tiers lieux et le domicile. Reste à déterminer la position optimale du curseur entre les trois pour assurer une continuité du travail dans les meilleures conditions collectives et individuelles. 
Certains parlent d’hybridation, par analogie avec les voitures à double énergie essence et électricité. Chez CDB, nous interrogeons ces évolutions d’un point de vue stratégique et opérationnel : pourquoi et comment passer de l’un à l’autre ? La qualité du travail est fondamentale où que l’on se trouve, il ne doit pas y avoir de rupture. Pour nous, la notion de continuité des espaces et des modes de collaboration est centrale depuis bien longtemps. Continuité entre espaces privatifs et publics ou partagés, continuité entre espaces distants et locaux (au siège de l’entreprise) mais aussi continuité entre les interactions numériques et physiques. 
Cette question nous anime depuis plusieurs années, nous devions d’ailleurs sortir un livre en avril 2020 sur ce sujet. Face aux évolutions précipitées liées la crise sanitaire, nous avons reporté ce projet à l’année prochaine. 
L’arrivée du virus et la nécessité de mettre en œuvre précipitamment le télétravail a été pour nous l’occasion de montrer à nos clients que la question de l’espace et du lieu de travail n’était pas théorique. En effet, tout le monde a dû trouver des solutions d’un point de vue pratique. 
Notre approche consiste à faire de ce nouveau type de travail une source d’opportunités pouvant améliorer les conditions de travail et optimiser la performance de l’entreprise. 

 

Pouvez-vous nous décrire vos offres et votre manière d’appréhender les besoins de vos clients ? 

Le risque pour nous, c’est que les entreprises et les salariés voient leurs ambitions à la baisse en n’imaginant pas jusqu’où nous pouvons les amener, tant en termes de performance opérationnelle, de coût, ou d’écologie via le réemploi. 

Nos réponses sont multiples. Notre métier est d’incarner la stratégie de l’entreprise par la co-création des lieux qui seront leur outil de travail. Avant de passer à une phase plus classique de design, d’équipement – mobilier, audiovisuel, outils collaboratifs… – et à la réalisation des travaux. 
Notre force, c’est de pousser leurs ambitions le plus haut possible en créant des lieux efficaces, performants et agréables à vivre.   

 

Quelles sont vos perspectives de développement dans le contexte sans précédent que nous traversons ? 

 Les perspectives sont bonnes à moyen terme car les mentalités changent. Auparavant, les entreprises rechignaient à transformer leurs espaces de travail, ce n’est plus le cas. Cela devient un investissement pour l’avenir. Il y a encore quelques années, seuls les déménagements contraignaient nos clients à repenser les lieux, et encore ! Et j’emploie volontairement le verbe « contraindre ».   Aujourd’hui, tous les schémas de management doivent intégrer le continuum dont nous parlions, ce qui change fondamentalement la donne. Alors, quel meilleur support qu’un projet de réaménagement de bureau pour poser la question de la transformation travail ?  C’est une opportunité de mettre en œuvre ce projet grandeur nature, sans compter les économies d’échelle et l’amélioration de la qualité de vie au travail qui pourront être réalisées. Nous avons considérablement investi en « intelligence » dans les domaines de la connaissance des modes sociologiques des entreprises, de la technologie mais aussi de la méthodologie pour servir des clients de très grande taille. Cet investissement se révèle aujourd’hui particulièrement porteur et constructif pour réaliser et dépasser les ambitions de nos clients.

 

Propos recueillis par Laurent Jacotey