Par Joël Rault, ancien ambassadeur, Président de la société de conseil Hermès Advisory, et Senior Advisor du cabinet d’avocats Franklin à Paris.

 

« La place financière Mauricienne a un rôle crucial à jouer mais pour cela il faut qu’il y ait de nouveau un discours cohérent, assumé et intelligemment construit pour faire la promotion de Maurice et lui rendre son prestige. » 

 

Inscrite sur la liste grise du GAFI et la liste noire européenne depuis 2020, l’île Maurice semble en bonne voie pour en sortir. Des aménagements réglementaires ont été apportés et on peut espérer une issue favorable. Mais pour autant, tout n’est pas gagné. Cette sanction est tombée à un très mauvais moment puisqu’elle coïncidait avec le début de la pandémie qui a évoluée en crise économique assortie d’une sanction économique. Sortir d’une liste est une chose ; néanmoins, il est essentiel que les autorités mauriciennes maintiennent les standards de bonne gouvernance auxquels ils se sont engagés. Si le centre financier mauricien est un catalyseur d’investissements entre l’Asie et l’Afrique, c’est également un accélérateur de développement pour le continent africain. La place financière mauricienne a un rôle crucial à jouer mais pour cela il faut qu’il y ait de nouveau un discours cohérent, assumé et intelligemment construit pour faire la promotion de Maurice et lui rendre son prestige.
L’île Maurice apporte de sérieux gages de solidité aux investisseurs et la résilience vient de la diversité et de l’harmonie communautaire et ethnique. C’est une des forces de l’île à préserver à tout prix. Avec la bonne gouvernance, la stabilité sociale et politique sont des atouts majeurs pour les investisseurs internationaux.

La stratégie de diversification économique (tourisme, textile, port franc, services financiers…) perdure aujourd’hui avec l’apparition de nouveaux secteurs fortement encouragés par les gouvernements successifs. Grâce à la mise en place de mesures d’incitation fiscales et administratives qui facilitent l’implantation de sociétés étrangères, les domaines des TIC, de la recherche médicale ou encore de la sous- traitance devraient favoriser la relance de l’économie.
C’est dans les crises que sont menées les meilleures réformes et je pense que la pandémie a permis une remise en question globale. C’est le bon moment pour initier des transformations pour être plus efficaces et mieux intégrer la distance géographique et culturelle qui nous sépare de nos marchés. Les fermetures de frontières ont rappelé aux entreprises mauriciennes à quel point l’île est éloignée du marché européen et qu’il était important d’avoir des relais sur place. Cela me touche personnellement puisque mon activité principale est de représenter et de protéger les intérêts de groupes mauriciens en France, d’assurer une permanence et de faciliter les échanges, notamment entre Maurice et l’Europe.

Depuis le 15 juillet, les vols commerciaux ont repris et au 1er octobre, si les conditions le permettent, Maurice abordera enfin sa dernière phase d’ouverture.