Qui Veut (Peut) Sauver Le Parti Socialiste ?
Journaliste / Chef de rubrique Politique-Economie-Finances

Convention du Parti socialiste, Paris, 28 Mai 2011 | Crédit Photo : Edouard BERNAUX/Gamma-Rapho / Getty Images

Militants désespérés, stratégies divergentes, autorité inexistante…la formation fondée par François Mitterrand vit décidément des heures bien sombres et cette situation pose plus largement la question de la « coexistence » entre le parti et l’exécutif.

Le regard hagard et la mine sombre, Adelaïde s’allume une énième cigarette. Cette jeune militante d’une section des Hauts-de-Seine, qui a pris sa carte au lendemain de la défaite de Ségolène Royal en 2007 « pour entrer en résistance contre le sarkozysme » ne sait plus à quel saint se vouer. « Même après cette défaite, amère, de Ségolène qui ouvrait donc la voie à cinq nouvelles années de politique libérale et de surenchère sécuritaire, il y avait des raisons d’espérer. Nous étions armés pour la reconquête. Aujourd’hui, nous sommes au pouvoir depuis cinq ans et je dois avouer que je ne vois aucun motif d’espoir, du moins à l’instant T », déplore-t-elle.

L’avenir semble s’obscurcir de jour en jour pour un parti Socialiste qui navigue à vue. Prise en tenaille entre des « frondeurs » qui réclament « davantage de « gauche et d’égalité sociale » et les tenants de la ligne gouvernementale, favorables à l’avènement d’une « social-démocratie décomplexée », la formation fondée par François Mitterrand au Congrès d’Epinay en 1971 est à la croisée des chemins. Le « big-bang » de la gauche souhaité par Michel Rocard n’a toujours pas eu lieu et si chacun continue de se regarder en chiens de faïence, c’est l’existence même du PS qui est menacée.

Le parti de la majorité présidentielle, « caisse enregistreuse » ?


Comme la feue UMP avant lui, le Parti socialiste est-il condamné à jouer les utilités lorsque la majorité présidentielle est issue de ses rangs ? La question mérite d’être posée tant le parti a fait office de « caisse enregistreuse » de l’exécutif durant tout le quinquennat n’émettant pas l’embryon d’une proposition. Dès lors, la grogne est montée chez les militants avant de se propager, telle une trainée de poudre, dans les rangs des cadres puis des caciques du parti qui désormais, morcelé, se traîne péniblement sur l’autoroute de l’indifférence.

Inaudible, l’une des formations les plus anciennes de France, derrière l’inoxydable Parti radical valoisien, doit impérativement s’inventer un avenir. Mais les motifs d’espoirs, évoqués par Adélaïde, ne sont, en effet, pas légion. « Le problème, ce sont nos dirigeants qui ont été élus, ou plutôt nommés directement depuis l’Elysée », surenchérit Romain, un autre militant, de plus fraîche date. Et de poursuivre. « Vous vous rendez compte que pour l’intronisation (sic) de Cambadélis (en mai 2015 ndrl) seulement 60 000 militants ont voté et qu’aucun d’entre eux n’était présent dans les couloirs de Solférino le soir des résultats. C’est vous dire la déliquescence des forces vives ! ».

Incarner l’autorité

Dès lors, quelles alternatives s’offrent au PS ? La question du manque de légitimité de son Premier secrétaire est résolument cruciale.  Mais à relativiser, dans la mesure où la mise en place « d’hommes liges », totalement dévoués au président de la République, à la tête du parti de la majorité présidentielle n’est pas l’apanage de la gauche. Nicolas Sarkozy, en son temps, avait « placé » au sortir de 2007, Patrick Devedjian à la tête de l’UMP avant d’être remplacé par Xavier Bertrand autre figure, du moins à l’époque, entièrement fidèle à Nicolas Sarkozy.

Pendant ce temps-là, Ségolène Royal et Martine Aubry, autres figures autrement plus charismatiques, sans faire offense à Patrick Devedjian et Xavier Bertrand, ferraillaient en haut lieu pour s’emparer de la tête du parti, multipliant les coups bas avant que la maire de Lille ne remporte la mise et ne mette le parti en ordre de bataille dans la perspective de l’échéance présidentielle de 2012, remportée par la gauche.

Guerre(s) ouverte(s)

Sur le même modèle de 2008, ce sera au tour de deux ténors de l’UMP, Jean-François Copé et François Fillon de s’écharper, pour diriger le parti qui, à coups de recours et d’actions en justice finira par échoir à Jean-François Copé. Sans jamais que sa légitimité ne soit reconnue par quiconque. La formation changera finalement de nom, devenant Les Républicains en 2014, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy.

Une perspective de « ravalement de façade » qui ne déplairait pas à Gilbert, militant expérimenté du Nord de la France. « Je ne pensais jamais dire cela, mais on doit s’inspirer de l’UMP qui, certes empêtrée dans cette bataille Fillon-Copé ou encore l’affaire Bygmalion, a fait table rase du passé pour se remettre à l’endroit grâce à une figure autoritaire comme Nicolas Sarkozy ».

Et d’appeler de ses vœux un retour de Martine Aubry aux affaires. « C’est la seule qui a su mettre son talent au service du parti et son égo de côté pour nous mener vers la victoire ». Un cri du cœur suffisamment convaincant pour faire replonger l’édile de Lille dans le marigot socialiste et permettre au parti d’apparaitre « nimbé de pureté » aux yeux de l’opinion ? Rien n’est moins sûr, tant les blessures des uns et les vicissitudes des autres semblent profondes.