Emmanuel Macron, Vrai Gagnant De La Primaire A Gauche, En Pôle Position Présidentielle ?
Jean-Marc Sylvestre Contributeur
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ. Il est aujourd’hui éditorialiste économique.


Emmanuel Macron ? une bulle disait-on à droite comme à gauche. Personne ne croyait que sa dynamique pouvait tenir jusqu’à la finale de la présidentielle.

Et pourtant elle va tenir. Explications.

Macron a d’ores et déjà gagné la primaire à gauche. Sans y participer, il en est devenu l’acteur incontournable. Il peut donc arriver en finale à la présidentielle. C’est la conviction de bon nombre de professionnels de la politique, de sondeurs ou d’analystes. Ils ne le diront jamais publiquement, mais ils sont comme les responsables politiques, ils se rallient à ce qui leur paraît désormais évident alors même qu’ils n’y croyaient pas. Macron est en train de gagner son pari.

Le plan complet de sa stratégie, présenté (une fois de plus) lors d’une conférence de presse en fin de semaine, a occulté le dernier débat des candidats socialistes. Il a, une fois de plus, annoncé un programme.  Il a surtout invité ses militants à s’engager en politique de façon à pouvoir constituer une majorité d’élus, les candidats se déclarent par légions entières et depuis prennent d’assaut les réseaux sociaux.

Après avoir rempli les salles de meeting, Emmanuel Macron veut remplir les urnes. A la présidentielle, certes, mais aussi aux élections législatives qui vont suivent.

Macron peut gagner pour trois raisons.

1° Pour des raisons strictement politiques, son offre, encore aussi imprécise qu’elle soit, répond à la demande d’une large partie de l’opinion.


L’opinion a certes besoin de changement, l’opinion a demandé un rajeunissement de la classe politique, l’opinion a envie d’être charmée, de rêver. Macron sait répondre à cette demande-là. Mais l’essentiel n’est pas dans la forme.

L‘opinion avait besoin d’une politique alternative à celle qui a été menée jusqu’alors et qui n’a pas délivré les résultats.

L ‘opinion se moque que les moyens soient de gauche ou de droite ? L’opinion veut une politique efficace et des résultats. Pour la même raison que la majorité aime l’entreprise dans laquelle elle travaille parce qu’elle tourne en équilibre. L’entreprise n’est ni de droite, ni de gauche, elle marche ou elle ne marche pas. Ou bien elle produit et paie ses salariés, ou pas.

Alors Macron n’a toujours pas détaillé son programme. C’est vrai, et certains le lui reprochent à droite ou à gauche. Où est le programme ? Peu importe.

Ce qui compte c’est le diagnostic. La démarche est très simple, proche de celle d’un chef d’entreprise. Macron explique que la maison France est en panne. Il lui faut retrouver de l’efficacité, de la performance, des marges de manœuvre, de la compétitivité. Et si la France atteint son objectif, la France pourra toujours alléger le fardeau de sa dette, éloigner le risque de faillite ou de dépendance à l’égard des chinois ou du Qatar, la France pourra atteindre le plein emploi, et restaurer son modèle social. Le diagnostic est en gros identique à celui de François Fillon. Le problème n’est pas de loger tout le monde, (on saurait faire), le problème est de payer les loyers.

Dans ces conditions, le programme d’action de Macron sera de prendre toutes les mesures qui, dans un système cohérent, permettront de délivrer des résultats. On sait ce qu’il faut faire en fiscalité (alléger le poids de l’impôt) et en social (équilibrer les systèmes, dépenser moins mais mieux), en organisation du travail (ajouter de la flexibilité). Le tout pour booster la croissance des richesses. On sait de qu’il faudra faire sur le long terme, en éducation, en système de santé, en sécurité pour booster et sécuriser la croissance et améliorer la compétitivité globale 

Si Macron réussit à faire partager l’objectif ciblé, l’opinion acceptera la contrepartie qui porte principalement sur l’orchestration inévitable de la baisse des dépenses publiques et sociales. Son habileté a été de comprendre que l’opinion n’avait pas besoin qu’on lui détaille le programme. L’opinion lui fait confiance.

C’est l’avantage de ne pas participer aux primaires. Une Primaire oblige les candidats à se différencier les uns des autres. D’où la multiplication des détails, et donner des détails en politique, c’est tenter le diable. Les 7 candidats de la gauche ont failli s’entretuer.

A droite, le diable s’est régalé ! En situation de concurrence, François Fillon a été obligé de se distinguer par un programme détaillé. Depuis, sa propre famille lui reproche certains détails et l’oblige à faire des contorsions qui l’affaiblissent. Macron s’est exonéré de la primaire pour ne pas avoir à donner des détails de programme qui l’auraient freiné par la suite.

Emmanuel Macron est entré dans la vie publique et politique par la porte de la commission Attali, c’était en 2012…, la crise économique n’a pas permis de mettre en œuvre le tiers des projets de libération du système. Mais il les connaît tous.

L’engagement du futur président portera donc sur l’objectif : dynamiser le système économique français, retrouver des marges de manœuvre, tout en préservant les spécificités du modèle social. Son action portera sur tous les moyens possibles pour restaurer et atteindre cet objectif. « On réformera ce qu’il faut réformer » mais pas question d’obtenir un vote d’adhésion sur une liste d’outils et de mesures.

L ‘opinion a compris qu’un président n’avait pas à faire la cuisine. Le président doit faire le menu. Macron fait le menu, et vend le menu. Mais il laissera la cuisine au personnel politique.

 Si Emmanuel Macron remporte autant de succès dans les meetings ou sur les réseaux sociaux, c’est aussi parce que l’offre, dans la forme et dans le fond, correspond à ce que demande une majorité de français. Est-ce que cette majorité est suffisante pour constituer une majorité présidentielle ? Sans doute pas encore !

2° Il a renversé la table du jeu politique en refusant de s’inscrire dans la mécanique des partis.  

Quand Emmanuel Macron dit au départ qu’il ne sera « ni de droite, ni de gauche », c’est parce qu’il est convaincu que les vieilles structures de partis ne fonctionnent plus comme des machines à changer la vie. Elles sont trop conservatrices, très corporatistes, très protectrices du parti lui-même. Macron a donc créé un lien direct entre l’opinion et lui. Il a Uber-risé le rapport politique. Pas de partis, pas de relais, donc pas de primaire.

Dans ce cas, logique à ses principes, il séduit ceux qui sont plutôt progressistes, ceux qui croient à la mondialisation, au progrès digital et qui pensent que la concurrence, l’économie de marché est facteur de progrès.  Ces progressistes sont  à droite comme à gauche. Donc en attirant les partisans de la modernité, il fait exploser les partis traditionnels.

A droite, il va gêner François Fillon parce qu’il va attirer beaucoup de libéraux, ceux qui autrefois ont fait leurs classes avec Valery Giscard D’Estaing, mais il va aussi attirer beaucoup de centristes, d’anciens électeurs d’Alain Juppé.  Cette attirance qu’il va exercer sur le flanc droit, va fragiliser François Fillon qui sera obligé de faire comme Nicolas Sarkozy en 2012, siphonner des voix de Marine Le Pen.

Du côté de la gauche, il a évidemment participé à l’explosion du parti socialiste. Le PS était en mauvais état, la primaire organisée va sans doute l’achever dans la mesure où les 3 débats ont marqué à quel point le parti était divisé entre les partisans d’une option de gauche et les partisans d’une ouverture sociale démocrate. Tout en étant obligé d’assumer le bilan du quinquennat qui est désastreux. Les candidats du parti socialiste se sont mis dans une situation suicidaire.

Du coup, les candidats de la primaire se sont retrouvés dans l’obligation de se situer par rapport à Emmanuel Macron qui était en dehors du jeu. Dégagé des contraintes et des lourdeurs du parti socialiste, étranger aux querelles de personnes, exonéré de porter la charge du bilan, Emmanuel Macron va se retrouver le grand vainqueur de la primaire à laquelle il a assisté de loin, mais du banc de touche. Quel que soit le candidat qui sera sélectionné, il se retrouvera coincé et asphyxié au premier tour de la présidentielle entre Mélenchon et Macron. Les troupes du parti socialiste et les dirigeants iront, par instinct de survie plus que par conviction,  renforcer le soutien à celui qui sera le mieux positionné pour les protéger, c’est-a-dire Emmanuel Macron.

Macron va donc se retrouver comme le candidat de la gauche et du centre le plus capable pour emmener le vieux parti sur la voie d’une refondation qui tiendra compte, cette fois-ci, des mutations de la modernité.

3° Le jeu des transferts d’opinion va favoriser Macron.

En terme strictement d’opinion, les experts expliquent que Macron va aussi bénéficier de la combinaison entre trois séries de transfert d’opinion.

D’abord, une partie de l’électorat de Marine Le Pen peut s’écarter de l’extrême-droite et rejoindre la droite incarnée par François Fillon, politiquement plus correcte.

Ensuite, une partie de l’électorat de François Fillon peut s’encarter et se laisser séduire par la nouveauté Macron. Cette partie s’ajoutera aux déçus de la gauche.

Enfin, Macron va pouvoir compter sur les jeunes, diplômés ou pas, ceux qui n’ont jamais voté, qui sont en panne de travail et d’avenir, et qui sont séduits par les perspectives d’un type qui appartient encore à leur génération, qui en connaît les codes et les ressorts.  

En toute logique Macron n’aurait pas pu se présenter. En toute logique, il ne pouvait pas percer.

Au départ, tout le monde ricanait. Aujourd’hui, personne ne rigole.

Contre toute attente, toute analyse rationnelle, Macron peut gagner.