Comment Emmanuel Macron Entend Réaliser 60 Milliards D’Economies
Journaliste / Chef de rubrique Politique-Economie-Finances

Emmanuel Macron ambitionne ainsi de faire baisser sur le prochain quinquennat de trois points de pourcentage le ratio des dépenses publiques par rapport au PIB. | © Getty Images

Le candidat d’En Marche! espère réaliser, à l’horizon 2022, 60 milliards d’euros d’économies pour ainsi ramener le taux de dépenses publiques par rapport au PIB de 56 à 53%. A plus long terme, il espère même le faire baisser à 50%.

Tancé de toutes parts – commentateurs, observateurs, analystes, adversaires politiques – pour mettre enfin son programme sur la table après une (trop) longue mise en bouche jalonnée de grands principes et autres concepts, Emmanuel Macron commence à lever le voile sur ses propositions chiffrées et calibrées en matière économique. Sentant que même l’opinion commence à trouver le temps long, l’ancien ministre de François Hollande a essaimé quelques mesures avant de présenter un cadrage budgétaire en bonne et due forme mercredi prochain.

Dans un monde où une actualité chasse l’autre et où le candidat à la magistrature suprême s’échine à éteindre le début de polémique concernant ses propos sur la colonisation « crime contre l’humanité », ses projections en matière de dépenses publiques – pourtant réclamées à corps et à cri par ses détracteurs mais également par les Français – sont quelque peu passées inaperçues. Dans le détail, Emmanuel Macron ambitionne ainsi de faire baisser sur le prochain quinquennat de trois points de pourcentage le ratio des dépenses publiques par rapport au PIB, soit l’équivalent de 60 milliards d’euros à l’horizon 2022.

La masse salariale des agents de l’Etat dans le viseur


Mais l’ancien impétueux ministre de l’Economie ne s’arrête pas là et souhaite même faire descendre ce taux à 50% « à plus long terme », sans s’aventurer à évoquer un calendrier précis. « La France est le mauvais élève de l’Europe dans ce domaine, elle doit retrouver de la crédibilité », souligne l’entourage du candidat cité par le quotidien économique. Rien de « révolutionnaire » en l’état, Emmanuel Macron inscrivant ses pas dans ceux de François Hollande en la matière, le chef de l’Etat ayant annoncé 50 milliards d’économies… en seulement trois ans, sur la période 2015-2017. Même si, au final, le « gain estimé » sera plus proche des 40 milliards d’euros… au mieux.

Dès lors à quel(s) « foyer(s) de dépenses » va s’attaquer le fondateur d’En Marche! ? Ce dernier aurait identifié deux postes d’économies. Premier de cordée, la masse salariale des agents de l’Etat, cette dernière avoisinant les 85 milliards d’euros. Deuxième source : un énième baisse des dotations aux collectivités territoriales, véritable « arlésienne » dans le débat politique. Pas question – du moins pour le moment – de s’attaquer au régime de retraite, premier poste invoqué, autre classique, par la droite pour réaliser des économies.

A mi-chemin entre Fillon et Hamon

Divers éléments qui classent Emmanuel Macron, fidèle à sa posture de dépasser les clivages partisans, à mi-chemin entre François Fillon, qui vise ni plus ni moins que 100 milliards d’économies, et Benoît Hamon, qui a d’ores et déjà pris le parti de s’affranchir de la règle des 3% de déficit imposé par Bruxelles. Mais la marge de manœuvre de l’ancien locataire de Bercy est extrêmement étroite, celui-ci ayant affirmé son refus d’une augmentation de la TVA et strict respect de ladite règle des 3%, objectif prévu pour cette année.

Autre problème, plus embêtant celui-ci pour Emmanuel Macron, la remontée du loyer de l’argent attendue à moyen terme alors que « 40% de la réduction du déficit intervenue depuis 2011 est le fruit de la baisse des taux d’intérêts », rappelle le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud. L’ancien président de France Stratégie, Jean Pisani-Ferry qui a rejoint En Marche! en début d’année pour piloter la cellule « programme » du candidat doit s’attendre à quelques nuits blanches d’ici à mercredi prochain.