Le Scribing : Dessiner En Travaillant
Journaliste, j'écris sur les droits des femmes et les questions de genre.


Pour rendre la prise de note ludique et efficace, de nouvelles techniques se développent. Reportage chez BNP Paribas où des ateliers de scribing sont organisés. 

Feutres de couleur à la main, les salariés s’appliquent à dessiner des pictogrammes sur leurs carnets. Au milieu de petits symboles plus ou moins réussis, des mots écrits avec des styles variés s’entrecroisent. Ce jeudi matin, une quinzaine de personnes sont réunies pour un atelier de scribing. Tous travaillent chez BNP Paribas et sont venus s’initier à cette pratique encore peu connue.  Sagement installés devant un grand tableau blanc recouverts de croquis et de consignes bariolés, ils écoutent  les leçons de Céline Pernot-Burlet et Caroline Roy. Depuis le mois de septembre, Céline Pernot-Burlet anime des ateliers de scribing chez BNP Paribas. Experte en facilitation graphique, elle a découvert cette technique il y a deux ans et demi. Le scribing, quésako ? « C’est une façon de prendre des notes en utilisant des visuels et des mots pour synthétiser un message et faciliter ensuite les interactions », explique-t-elle. En clair, plutôt que de noircir frénétiquement une feuille de papier pendant une réunion, l’adepte du scribing n’écrit que les informations essentielles et dessine le reste. Comme le mind-maping ou le sketchnoting (qui consiste à prendre des notes sous forme de croquis, mais sans le faire en temps réel), le scribing fait partie des techniques de facilitations graphiques de plus en plus en vogue outre-Atlantique.

« Nous ne sommes pas à dessiner c’est gagner ! »

Devant son assistance studieuse, Céline Pernot-Burlet donne les clés pour maîtriser cet art. Ecrire lisiblement, faire des encadrés, distinguer les idées fortes avec des puces ou des séparateurs et dessiner des pictogrammes. « Trouvez les moyens de représenter quelque chose visiblement et rapidement pour que ce soit le plus clair possible », explique-t-elle. Alors que certains doutent sur leur capacité à dessiner, elle se veut rassurante. « Cela reste du dessin très basique à la portée de tout le monde. Nous ne sommes pas à dessiner c’est gagner ! A aucun moment il faut que la personne qui regarde vos notes ne doute de ce que vous avez voulu dire », insiste-t-elle. « Si on parle d’innovation, on la représente souvent avec une ampoule », ajoute la formatrice en schématisant aussitôt une ampoule sur le tableau blanc. Caroline, manager au sein de la banque, est conquise. « Je veux apporter de la créativité dans mes messages. Le sribing permet d’apporter un peu de fun à mes équipes et  de faire du management positif », assure-t-elle.

Une pratique synonyme de plaisir

A en croire Céline Pernot-Burlet, le scribing possède de nombreuses vertus. « C’est efficace et cela fait du bien. C’est aussi une façon d’ancrer l’information, de se l’approprier. C’est la raison pour laquelle j’essaye de le propager chez BNP Paribas », détaille-t-elle. Malgré son enthousiasme, elle reconnaît tout de même que convaincre n’a pas toujours été évident. « Il y a dix ans, quand j’ai rejoint BNP Paribas, j’étais la seule à utiliser le dessin pour prendre des notes ou faire des comptes-rendus. Aujourd’hui, les powerpoint utilisent de plus en plus d’images, le regard a changé. » Chaque jour, elle constate les bienfaits du scribing. « Ça apporte une vraie efficacité. On a plus besoin de passer des heures à faire des comptes-rendus. Et surtout, ça apporte du plaisir dans des métiers qui ne sont pas toujours fun. C’est hyper  important ! J’y crois aussi beaucoup pour les nouvelles générations. » Christiane, en charge de la valorisation de l’histoire de BNP Paribas, voit déjà comment elle va mettre cette formation à profit. « En 2017, je vais devoir faire un bilan sur la gestion de la collection d’objets historiques de la banque. Pour que ce soit parlant, j’ai envie de le présenter sous forme de scribing », lance-t-elle en jetant un regard à son carnet recouvert de notes colorées. Pour réussir ce défi, elle promet de s’entraîner. Car les formatrices l’ont bien répété : « Il faut s’appliquer et pratiquer. C’est comme apprendre une langue étrangère : ça ne vient pas tout seul ! »

Pour aller plus loin : « Initiation au sketchnote : le guide illustré de la prise de notes visuelles », de Mike Rohde, édition Eyrolles. 25 €