Comment Afficher Son Leadership Sans Tomber Dans Le Chaudron Du Narcissisme
Catherine Berliet Contributeur
Business coach: management, leadership Auteur de livres en développement personnel et efficacité professionnelle

Leader | Source : Pixabay

Les vertiges du pouvoir précipitent bon nombre de nos dirigeants dans les reflets sans fin de miroirs déformants. Pour ceux qui mènent les hommes, il est parfois difficile d’échapper à Narcisse, qui trop souvent s’invite et interroge la psyché tout en la perdant dans les dédales d’un soi grandiose et tout puissant.

 

Ainsi les hommes de pouvoir en général, et nos leaders en particulier, sont-ils à leur tour contaminés par les pathologies et troubles de la personnalité narcissique communément abordés par Sigmund* et les autres…

Jusqu’à présent, si le Narcissisme a fait école et tenu le haut du pavé, c’est précisément parce que le terreau du culte de la personnalité a permis qu’il germe. Ces ferments ont de facto fortement contribué à la pollinisation des antres du pouvoir et de la sphère managériale.  Ce phénomène s’est répandu comme une traînée de poudre et n’a pas échappé à la mondialisation.


Les leaders narcissiques sont pléthores, c’est notre ère qui veut cela, et ce n’est pas Monsieur Debord qui nous contredira. En effet, « La société du spectacle », Guy Debord, 1967, et « Le culte de la performance », Alain Ehrenberg,  se sont installés aux toutes premières loges de la comédie humaine, favorisant ainsi l’émergence de leaders aux saillies égocentriques et aux délires hégémoniques.

Notre monde d’images fabrique des ego surdimensionnés, qui se rêvent un « idéal du Moâ » démesuré, fantasmé, toujours plus grandiose et proche de « L’homme-Dieu », L.Ferry.

Le Narcissisme est un tueur de leadership, et c’est pourquoi un vent nouveau semble se lever et venir contrer ces personnalités qui brident l’esprit d’équipe, manipulent et malmènent. Il semblerait que nous soyons prêts à nous tourner vers d’autres typologies de managers, c’est ce que nous dit Gerald Karsenty, PDG de Hewlett Packard Enterprise France dans son ouvrage : « Leaders du 3ème type ».

 

La révolution digitale et le tout numérique qui se profilent, vont chahuter nos modes de vie et chambarder nos repères, nos habitudes de travail et notre business. Dans ce monde qui vient, les leaders narcissiques n’auront plus leur place et ne feront plus recette car la robotisation nous demandera plus que jamais de remettre de l’humain au cœur du système digitalisé pour le réincarner. Tous ces défis à venir préfigurent d’un nouveau style de gouvernants. Le QI (quotient intellectuel) sera le minimum syndical, et la culture n’aura sans doute plus la même aura puisqu’il suffira d’être connecté pour avoir accès à toutes les informations en mode « open bar ». Le QE (quotient émotionnel) apparaîtra comme étant l’habileté majeure capable de triompher du maelström de la 4ème Révolution Industrielle.

 

Dessine-moi un Leader Narcissique

Au tout premier abord, vous tomberez sous le charme de ces profils aux qualités séduisantes. Vous les trouverez avenants, intelligents et même charismatiques. Vous leur reconnaîtrez également une vision et une capacité forte de mise en action sur le terrain. « Good Boss », ok, mais c’est sans compter sur l’aspect janusien de leur personnalité. Vous aurez à composer avec leur côté « Bad Boss » et la façon qu’ils ont de donner à voir, leur volonté farouche d’occuper le devant de la scène et leurs obnubilations égotistes. 

Quand les dirigeants attrapent « le melon », ils perdent de vue la réalité, dévient et finissent par oublier la cause commune au profit de desseins personnels. La volonté d’assouvir leurs besoins de succès illimité les pousse à instaurer une relation d’objet dans laquelle l’autre n’existe pas, mais est plutôt considéré comme un pion que l’on déplace au gré de l’intérêt du moment et au rythme d’une communication floue et ambigüe. Ils se servent des idéologies politiques, des valeurs « Corporate », des objectifs brandis, pour cacher leurs ambitions, masquer leur quête de toute puissance ; autant de leurres, de finalités factices et de fausses barbes.

Le vertige du pouvoir c’est aussi l’enfermement dans des certitudes, des déviations morales ou éthiques induites par la toute puissance du moi. Le leadership narcissique c’est une arrogance qui veut exercer sa suprématie, dicter ses règles et imposer ses propres lois auxquelles bien sûr il ne se soumettra pas lui-même.

 

Comment exercer son Leadership sans Narcissisme ?

Évoluer vers des comportements plus harmonieux et équilibrés, cela passe par un retour sur soi afin de sonder une double réalité : la conscience de Soi et la conscience de l’Autre.

 

Fouiller la conscience de soi

Avoir une bonne conscience de soi, c’est avoir une dose de bon narcissisme : vous savez c’est comme votre HDL dans vos analyses de sang, vous avez besoin de ce bon cholestérol. Le bon narcissisme c’est pareil,  il en faut un certain taux pour nourrir les fondements de notre personnalité, car il constitue le socle sur lequel nous nous arrimons, le vivier de nos ressources internes, celles qui nous confortent et nous réconfortent quand ça tangue, en nous évitant d’être dans une perpétuelle quête d’image à restaurer. Pour avoir un taux de HDL suffisamment élevé, vous chausserez vos bottes d’égoutier, saisirez votre frontale et sonderez votre psyché pour trouver qui vous êtes, interroger vos points forts, vos limites et ce que vous êtes capable de fournir. En d’autres termes, ce HDL là évitera un dérèglement de votre système interne et vous dispensera de déployer des artifices qui ressemblent  au LDL, le mauvais cholestérol justement.

Pour travailler cette présence à Soi vous ferez appel à la mindfulness. (Jon Kabat Zinn nous dit qu’il s’agit de diriger son attention d’une certaine manière, délibérément, au moment voulu et sans jugement de valeur.) Cette pratique vous permettra de rejoindre le chemin de la cohésion intérieure en visant l’unicité de votre personnalité, le recentrage sur vous et l’accès à l’ici et maintenant. D’après Richard Boyatzis, professeur de comportement organisationnel à la Weatherhead School of Management, la pleine conscience permet de faire les bons choix, de gérer ses pensées et de déployer toute sa palette émotionnelle en 50 nuances de gris. Dont acte.

 

Avoir conscience de l’autre

Le manager d’un nouveau type, est celui qui, parce qu’il se connaît bien, peut se tourner vers ses équipes en étant solaire, en se positionnant comme un manager coach, mais aussi comme un révélateur et un propulseur de talents. Il sait déployer toute son intelligence émotionnelle à travers une conscience de l’autre aiguisée. Cette habileté ne peut exister qu’avec l’empathie et l’écoute. Le quotient émotionnel permet de cultiver cette altérité, c’est pourquoi ce manager là est celui qui développe ses neurones miroirs*. Boris Cyrulnik a soulevé le danger de la perte du sens de l’autre induit par la révolution numérique et la progression des nouvelles technologies. Être en capacité de percevoir les émotions de l’autre, c’est aussi s’intéresser aux différences, les respecter. Dans sa conférence Ted, le docteur Ramachandran, neuroscientifique spécialiste du comportement, appelle ces neurones les « neurones Gandhi », ceux qui permettent une connaissance plus intime de l’autre et de ses comportements  permettant ainsi de lui apporter de bonnes réponses.

Pour travailler cette présence aux autres vous considérerez que le cerveau est collectif à l’instar du neurobiologiste Jean Didier Vincent . L’entreprise est un merveilleux champ pour expérimenter l’attention à l’autre, et pour cultiver au quotidien l’altruisme, la générosité, l’agilité au profit d’objectifs communs. Vous serez définitivement C0.

 

Ainsi les leaders de demain auront-ils un tout autre visage : celui de l’humilité, et ils seront ceux qui orchestrent dans l’ombre pour donner vie et forme à l’organisation, permettre à leurs équipes de réussir, de collaborer. Curieux des autres ils s’inscriront dans la proximité pour contrebalancer les effets métalliques du digitalo-numerico-robotico système qui nous attend.

 

  • Neurones miroirs découverts en 1996 par Giacomo Rizzolattti