Tetiaora, L’Île-Hôtel De Marlon Brando.
Fondateur et directeur de la rédaction de voyagerluxe.com , seul magazine français en ligne consacré exclusivement au voyage haut de gamme.


Marlon Brando, la plus grande star et légende du cinéma américain, rêvait d’un ailleurs, loin des frasques d’Hollywood… Visionnaire écologique, il a voulu faire d’un atoll polynésien, Tetiaroa, le plus bel endroit au monde.

Après l’avoir acquis et y avoir vécu quelques années de « robinsonnade » bon-enfant, il a fait appel à un spécialiste de l’hôtellerie (Richard H. Bailey, PDG de Pacific Beachcomber S.C.), pour développer un véritable lodge, sur l’un des « motu » de son atoll privé. Le projet était très ambitieux et relevait du fantasme, vu la configuration des lieux et la logistique nécessaire.

Nous avons rencontré l’un des responsables du projet, Philippe Brovelli, vice-président du groupe en Polynésie. Scénario d’un défi improbable…

 

L’atoll de Tetiaroa et ses 12 « motu ».

 


Philippe Brovelli, vous qui avez bien connu Marlon Brando, quel homme était-il et sa vie en Polynésie, ses dernières années, le comblait-elle ?

L’image de l’homme public et de celle de Marlon à Tahiti était totalement différente ; à Tahiti, il était fréquent de le croiser en ville (à Papeete) avec son chapeau de paille et son sac en niau (palme tressée), il était accessible et les polynésiens le considéraient plus comme « Marlon » que comme l’acteur de renom, il était complétement intégré à la vie locale.

C’est justement cette simplicité et cette gentillesse qu’il appréciait, à mille lieues de sa vie de star en Californie. Tahiti et Tetiaroa étaient pour Marlon ce havre de paix où il avait plaisir à venir se ressourcer. Mais après le suicide de sa fille Cheyenne en 1995 à Tahiti, il n’est plus revenu en Polynésie, se cloîtrant dans sa demeure de Mulholland Drive, à Beverly Hills.

 

Philippe Brovelli en compagnie de Guy Martin, du Grand Véfour, qui a conçu la carte du restaurant « Les mutinés ».

 

De son vivant, est-ce que la transformation de son « île refuge » en lodge a été évoquée et, le cas échéant, qu’en pensait-il et comment voyait-il les choses ?

Bien sûr, car l’île continue d’appartenir à sa succession et rien n’aurait été possible si Richard « Dick » Bailey (président de Pacific Beachcomber, propriétaire des hôtels InterContinental et de The Brando NDLR) n’avait pas élaboré le futur et le devenir de son île et de sa structure d’accueil. Les choses ne furent pourtant pas simples. Avec Richard « Dick » Bailey, à la fin des années 90, nous étions le plus important opérateur hôtelier en Polynésie. Dick est américain et Marlon le contacte pour réaliser un audit de son Tetiaroa Village afin d’étudier la possibilité, déjà à cette époque, que nous en prenions la gestion…

Son établissement était « charmant », avec une nonchalance propre aux îles, tant dans ses installations que son service, mais ne pouvait plus correspondre aux attentes de la clientèle internationale : pas de climatisation, pas de porte, pas de fenêtres, des sanitaires parfois capricieux…, mais c’est vrai qu’à l’époque cela passait, car c’était « chez Marlon Brando »… Nous refusons alors de donner suite, mais six mois plus tard, Marlon rappellera Dick Bailey… Pendant 10 jours, ils ont travaillé sur le projet, selon la vision qu’avait Marlon pour son île et son lodge : une aventure qui débute en 1997 et où, durant 7 ans, jusqu’à sa mort en 2004, nous nous sommes vus très régulièrement à Beverly Hills.

L’idée de Marlon était de créer un lodge à 100% autonome sur le plan énergétique, avec tout le confort. Or, à cette époque, l’écologie et le luxe étaient difficilement compatibles ; en effet comment alimenter en air conditionné une trentaine de villas en ne comptant que sur le soleil ?

Qu’à cela ne tienne, Marlon avait l’idée d’aller puiser l’eau de mer à 900 mètres de profondeur où elle est à 5° et s’en servir comme source de froid. Une idée de génie qui fut réalisée avec succès pour la première fois à Bora Bora, à l’InterContinental Bora Bora Resort & Thalasso Spa, et renouvelée au Brando avec le même succès. Outre l’autonomie énergétique, son autre grand credo était la préservation de l’île, de sa faune et de sa flore. Pour ne pas altérer l’environnement, mais aussi pour pouvoir continuer de faire le tour de son motu à pied, sans rien voir d’autre que la nature, et il fut donc décidé de ne pas construire de villas sur pilotis. Pari risqué pour l’époque, car la communication de l’office du tourisme de Tahiti reposait sur l’exotisme de ce type d’hébergement, qui depuis fleurit un peu partout dans le monde, notamment aux Maldives. Un pari réussi !

 

Une villa de deux chambres du lodge The Brando.

 

Transformer un endroit très isolé, a fortiori une île, est une vraie gageure. Quelles ont été les principales difficultés rencontrées, d’abord par Marlon Brando pour construire son « refuge », et ensuite pour sa mutation en lodge ?

Il faut savoir que l’atoll de Tetiaroa est fermé et n’a pas de passe permettant de faire communiquer l’océan et le lagon. Par bateau, le seul moyen est de franchir le récif en « surfant » sur la vague, un exercice qui peut rapidement devenir humide !!!!

Après avoir fait l’acquisition de l’île au milieu des années 60, Marlon installe, en 1972, une piste d’atterrissage en corail d’une longueur de 591 mètres sur l’îlot principal où sera construit le Tetiaroa Village, puis « The Brando ». Toutefois, il est important de préciser que « The Brando » n’est pas la mutation du Tetiaroa Village, mais une réalisation complètement nouvelle. De l’ancienne structure il ne subsiste d’ailleurs qu’un ou deux bungalows sur la zone nord de l’ilot où habite encore Tehotu Brando, le fils de Marlon Brando, qui travaille aujourd’hui en tant que guide naturaliste.

Début 2004, suite à une tempête, la piste de corail qui manquait d’entretien se réduit à 537 mètres et l’Aviation Civile décide de sa fermeture définitive. C’est l’arrêt de mort du Tetiaroa Village ! Mais, parallèlement, c’est aussi le lancement des travaux de The Brando ; souvenez-vous, nous travaillons depuis 7 ans avec Marlon et la définition du produit, son approche et sa philosophie sont bien définies. Il faut tout d’abord reconstruire la piste qui sera allongée à 720 mètres, non pas en bâtissant sur le lagon, mais en la pivotant de quelques degrés (06/24) et qui sera asphaltée. Vient ensuite la construction d’un quai sur le récif, qui permettra le transbordement des engins et matériaux et qui, aujourd’hui, sert de base pour les approvisionnements de toutes sortes de l’hôtel.

Imaginez, il nous a fallu presque 10 ans pour mener à terme ce chantier de 35 villas !!!

Nous avons dû commencer par la construction d’une base de vie pour les 300 travailleurs du chantier, mettre en place des navettes de transport maritime depuis Tahiti, acheminer les matériaux, respecter et restaurer les sites archéologiques, etc. Un véritable travail de titan !

 

Une chambre « standard » du The Brando.

 

Avez-vous une idée précise des moyens financiers qui lui ont été nécessaires sur la première phase et quels ont été, ensuite, les moyens ajoutés pour aboutir à The Brando tel qu’il est aujourd’hui ?

La phase initiale fût l’acquisition de l’atoll en 1965 pour quelques 250 000 $US de l’époque ; l’aménagement du site assez sommaire, la construction de la piste et de son « refuge », le Tetiaroa Village, n’ont pas dû être très importants.

En revanche, la construction de The Brando représente, à elle seule, un investissement de près de 150 millions d’euros

 

Salon d’une villa de 3 chambres.

 

Implanter 35 bungalows était très ambitieux. Tous les moyens mis en œuvre ont-ils donnés les résultats escomptés et êtes-vous satisfaits de votre offre actuelle ?

Nous sommes globalement satisfaits et constatons que nous manquons de villas de 2, 3, 4 ou même 5 chambres. Le lancement d’un programme immobilier de résidence nous permettra, d’ici un an, de combler ce manque, avec des villas que les investisseurs confieront en gestion à l’hôtel.

Nous venons de lancer la construction d’une vingtaine de villas de très grand luxe destinées à la vente, sur le même îlot que l’hôtel.

 

Une salle de bains proportionnée…

 

Le produit touristique est une chose, mais l’entretien et le service en sont deux autres… Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez encore aujourd’hui, tant au niveau du recrutement et de la formation du personnel, qu’au niveau de la logistique matérielle ?

Au niveau du recrutement, nous avons la chance d’avoir un noyau de base solide de polynésiens extrêmement fiers de faire partie de l’équipe du Brando. Il est vrai que les rotations de personnel sont plus importantes dans les postes d’encadrement, mais, là également, nous avons la chance de l’embarras du choix, car de nombreux jeunes en début de carrière souhaitent travailler dans le meilleur Resort au monde (selon Conde Nast, en Novembre dernier NDLR).
Les difficultés de logistique matérielle existent et sont même nombreuses. Quand l’état de la mer ne nous permet pas l’approvisionnement, il faut que les cieux soient assez cléments pour que l’avion passe…

Mais depuis le lancement du chantier, il y a plus de 10 ans, et depuis l’ouverture, il y a deux ans et demi, nous avons toujours pu faire face, certes avec des moments difficiles, mais aussi beaucoup de satisfaction.

 

Le restaurants « Les mutinés » du lodge.

 

Les concepts d’éco-lodge, de développement durable et de tourisme équitable sont en vogue depuis quelques années et servent même, à certains, de vitrine marketing… En quoi The Brando se différencie-t-il de ce qui existe par ailleurs ?

Comme je le disais tout à l’heure, il y a encore peu, concilier développement durable, écologie et luxe était quasi impossible. La simple notion de tourisme écologique évoquait un aspect trop rustique pour être embrassée par la clientèle internationale qui, aujourd’hui, fréquente notre établissement.

The Brando a réussi à concilier développement durable et luxe, qui étaient justement les fondamentaux voulus par Marlon, et ce bien avant l’heure du marketing écologique. Rappelons aussi que The Brando est un des tout premiers Resorts au monde à obtenir la certification LEED Platinium et à être, à plus de 95%, autonome énergétiquement.

 

Piscine privée d’une villa de 3 chambres.

 

N’oublions pas non plus que le tourisme éthique a aussi une dimension sociale importante que l’on retrouve au quotidien sur l’atoll et dans l’hôtel. Nous ne sommes que les gardiens de l’île, notre rôle est de la partager et la préserver pour les générations futures, un autre des fondamentaux souhaité par Marlon. Sa vision pour Tetiaroa prévoyait également une université de la Mer qui permettrait aux scientifiques du monde entier de venir étudier, le lagon, sa faune, sa flore, le réchauffement, les coraux.

C’est aujourd’hui une réalité avec la « Tetiaroa Society », une fondation de droit américain qui reçoit régulièrement des scientifiques et qui compte déjà à son actif des réalisations remarquables comme l’éradication naturelle et réussie de la population de moustiques de l’île, en 8 ans.

 

Après 2 ans et demi d’exploitation et compte tenu des avancées technologiques en termes d’écologie, pensez-vous déjà à des modifications /améliorations du lodge actuel et des services qu’il propose pour les 5 prochaines années ?

Peut-être augmenter le pourcentage d’autonomie, accroitre notre autosuffisance avec les produits de nos plantations. Le défi quotidien, c’est la maintenance de nos équipements ; les modifier ou tenter de les améliorer risque de faire appel à des technicités extrêmes au détriment de la fiabilité ; il nous faut trouver le bon compromis.

 

Le spa Varua at The Brando.

 

Compte tenu de tout ce que vous venez de nous dire, du marché et de la concurrence, et de tous les services que vous proposez dans votre formule « all inclusive » (comprenant la cuisine de Guy Martin du Grand Véfour à volonté NDLR), j’estime que votre prix à partir de 3.000 € la nuit par bungalow est plus que raisonnable. Comment faites-vous ?

Je suis ravi de vous l’entendre dire !!!! Nos études montrent qu’il y a un seuil de résistance au prix qui s’inscrit dans un environnement et qui incorpore le transport aérien international, la formation du personnel etc…

Nous estimons honnête de pratiquer une politique tarifaire qui corresponde aux résultats attendus par nos investisseurs ainsi qu’aux attentes de notre clientèle. Nous pourrions certes être au moins 25% plus chers, mais encore faudrait-il pouvoir proposer, en amont, des services qui n’existent pas, tels que le transport aérien international en première classe… Nous souhaitons véritablement offrir une réelle valeur en rapport avec l’investissement, la fameuse Value for money chère aux américains…

 

Les eaux cristallines de Tetiaroa…

 

Justement, vu la position géographique et l’histoire de l’île et du lodge The Brando, la clientèle américaine est votre cible première. Quelle est la part du marché français dans votre taux d’occupation actuel et comptez-vous mener des actions pour le développer ?

La proximité du marché américain est effectivement un avantage pour nous et cette clientèle représente 50% de nos visiteurs. Mais la clientèle française compte beaucoup pour nous et elle arrive en seconde position, avec 12% de nos réservations, et nous avons la chance de pouvoir compter sur de fidèles partenaires tour opérateurs et agences de voyages spécialisées.
Nos clients sont nos meilleurs ambassadeurs et The Brando jouit déjà d’un taux de « repeaters » ( clients réguliers NDLR) que nous ne connaissons pas dans nos autres établissements de Moorea ou à Bora.

Nous privilégions le service et la satisfaction de nos clients et c’est, à mon sens, le type d’actions les plus efficaces pour assurer le développement de ce marché très exigeant.

 

Marlon Brando, la légende, sur son île-paradis.

 

« Tetiaroa est tellement belle que je ne peux la décrire. On pourrait dire quelle incarne la couleur, la teinture des mers du Sud ».

Pour plus d’information sur THE BRANDO : www.thebrando.com

Interview de Patrick BIAGINI /VOYAGER LUXE: www.voyagerluxe.com