Street Art : Recherche Femmes Désespérément …
Fondatrice et éditeur du magazine digital dédié au monde de la création, Deepthroat.fr


Miss Tic, Fafi Miss Van, Yz, Koralie, Empty, Klor, Aleteïa, Faith47, Lor-k, Swoon, Sasu.. Elles étaient là hier et certaines sont toujours présentes dans le monde de l’art et du street art. Elles restent peu nombreuses à exercer cette discipline, même si les pratiques ont évolué.

En 2016, le département urbain d’Artcurial a réalisé la vente d’environ 260 œuvres, dont le prix total s’est élevé à  3 310 637 €. Cette discipline connait depuis dix ans, dans les salles de vente aux enchères, une évolution remarquable due au travail des artistes et cet engouement planétaire pour l’art urbain. Le 28 février dernier, lors de la vente « Urban Anthology »  (1e collection privée d’Art Urbain),  23 lots ont  totalisé 1 664 530 €. Certaines œuvres s’emportent aux mêmes prix que des œuvres d’art pur contemporain, précise Artcurial. Pour preuve, la stèle en marbre et bois de Banksy intitulée Picasso Quote, (gravée de la citation de Pablo Picasso « Bad artists imitate, great artists steal »)  a été adjugé à 393 400 €, soit plus du triple de son estimation (100 000 – 200 000 €).

Ils s’appellent JR, Invader, Banksy, Kobra, JonOne, Sowat, Lek, Blu, Rero, Vhils, … la liste est longue. Ces hommes sont les street artistes du moment, ceux qui ont la cote ! Au-delà de leur succès indiscutable, une interrogation surgit : et les femmes ?

Journée de la femme ou non, voici une des disciplines de l’art contemporain qui voit, malgré le temps qui passe et son évolution, peu de figures féminines émerger, comme en témoigne Adeline Jeudy, propriétaire de la Galerie LJ, à Paris : « Il y a 11 ans, j’ai monté une exposition « Etoiles Urbaines ». En réalité cela n’a pas tellement changé, si ce n’est qu’à l’époque, il y avait plus de femmes. Le graffiti est une pratique illégale, qui se fait dans des conditions parfois extrêmes : courir pour aller bomber des trains. Les street artistes étaient acceptés plus facilement dans la rue, ce fut le cas de Miss Van ou encore Fafi. Elles ont débuté d’abord la nuit, puis le jour. Des pratiques comme le collage ou la peinture apparaissaient plus légales que la bombe ».
Malgré la multiplication des procédés (collage, gravure, pochoir, …), le même constat de rareté  des femmes est fait par Arnaud Oliveux, commissaire-priseur et spécialiste art contemporain chez Artcurial  : «  En tant qu’artistes créateurs, il est vrai que nous ne voyons pas beaucoup de femmes dans ce domaine. C’est un milieu qui est très masculinisé, par rapport au marché de l’art contemporain où il y a davantage de femmes présentes aussi bien en expositions que sur le second marché des ventes aux enchères de l’art contemporain plus large. On peut dire que sur ce segment de marché, la place des femmes est assez restreinte. La prise de risque sur le terrain est une explication, mais c’est un milieu qui reste assez masculin en général. La place de la femme est un peu particulière dans cet univers, même si cela change un petit peu. Il y a Miss Van, Swoon, bien avant Lady Pink aux Etats-unis. Il en existe d’autres d’ailleurs, Planète Graffiti version Fille ( éditions Pyramid ) en a mis en lumière dans le monde. On ne les connaît pas très bien, car on n’en parle pas beaucoup en termes de marché. Paradoxalement, il y a énormément de femmes galeristes qui tiennent un rôle très important dans le monde de l’art. De nouvelles artistes comme Claire Tabouret apparaissent, c’est progressif. »


« Toutes ces femmes, sont devenues pour certaines « maman », elles se sont rangées. Ceci dit, beaucoup d’hommes ont fait le tour du Graffiti et ne sont plus dans la rue »  poursuit Adeline Jeudy.
Aleteïa poursuit sa carrière de manière très engagée, explique la galeriste. Ses étoiles et constellations naissent dans un atelier situé dans la cité de la Grande Borne à Grigny, et vivent pour ses habitants. Klor/123 Klan vit désormais en Amérique du Nord et réalise encore durant les festivals de graffitis. Fafi est devenue muraliste. Nuria Moria fait son retour dans l’art contemporain.  

Swoon, quant à elle, est une des seules femmes issues de ce monde à encore, de temps à autre, pratiquer son art dans les rues. Cette artiste, originaire d’une ville de Floride, découvre Prague, l’art déco et l’art nouveau lors d’un échange scolaire qu’elle effectuera à l’âge de 16 ans. Ses influences sont nées lors de ce voyage, et après la découverte des travaux de Gordon Matta-Clark. Après avoir suivi une école d’art ( Pratt Institute), Swoon s’est lancée dans le découpage, vite délaissé en faveur de la gravure : « le négatif du découpage ». « Son travail était très différent de celui des autres, on voyait bien qu’il avait pris des heures et qu’il était sacrifié dans la rue. » explique Adeline Jeudy.  Elle s’est très vite faite remarquer par le Moma qui lui a acheté plusieurs œuvres, puis par le Brooklyn Museum of Art et Jeffrey Deitch, le grand galeriste, avec qui elle a exposé dès 2006. Profondément engagée, elle a investi son argent dans des causes humanitaires, elle a depuis créé sa fondation. « Aux Etats-Unis, beaucoup de street artistes ont eu des expo dans des musées, cela s’est vraiment institutionnalisé. » Swoom d’ailleurs n’est pas qu’une artiste d’art urbain, elle est artiste d’art contemporain et a à son actif la réalisation de nombreuses installations. « C’est une des seules artistes capable de remplir un musée en 3D. »  

Artiste complète et engagée, le parcours de Swoon reste exceptionnel, y compris dans les salles de vente : «  Il y a tellement peu de pièces d’artistes femmes dans cet univers qui passent en vente. Il y a une très faible représentativité, ne serait ce que dans les ventes réalisées. Hormis l’artiste Swoon, je n’ai pratiquement jamais d’autres femmes artistes. » conclu Arnaud Oliveux.