Led by Her, Le Hackathon Solidaire
Journaliste, j'écris sur les droits des femmes et les questions de genre.


Les 7 et 8 mars dernier, Led By Her organisait la deuxième édition de son hackathon. Un moment fort pour l’association qui aide d’anciennes victimes de violence à se lancer dans l’entrepreneuriat. Bienveillance, entraide et énergie étaient les maîtres mots de ces deux jours. Retour sur cet événement qui ne ressemble en rien aux autres hackathons.

A l’évocation du terme hackathon, on s’imagine une armée de développeurs, graphistes et autres geeks penchés sur leur ordinateur pendant 48h. Oubliez vos préjugés. Chez Led By Her, les hackathons ne ressemblent à rien de tel. Si quelques étudiants d’Epitech et de Simplon ont répondu présents, ils sont accueillis dans une ambiance plutôt inhabituelle. Pour constituer les équipes, Valentine, bénévole de Led by Her, propose un petit jeu. Tous les participants sont invités à se lever et à parcourir la pièce en marchant. Dans cette foule, les entrepreneures sont anonymes. Quand Valentine tape dans ses mains, le groupe s’arrête et chacun a 1min30 pour se présenter à la personne proche d’elle. Le but de ces speed-meeting ? Créer du lien. Car au-delà des projets sur lesquels vont plancher les apprenties entrepreneures pendant ces deux jours, la priorité est bien celle-ci : faire des rencontres. « La base de l’engagement, c’est la confiance. Et pour faire confiance, il faut rencontrer des gens. Dans un premier temps, parlez à tout le monde, et c’est seulement ensuite que vous pourrez vous engager auprès d’une entrepreneure », explique Valentine. Les participantes jouent le jeu, rigolent, oublient leur timidité. Dans cette ambiance détendue, Aude de Thuin, créatrice du Women’s Forum et femme d’affaires de renom, fait son entrée. Forte de ses succès et de ses échecs – elle évoque son burn-out sans tabou –, elle avertit les participantes : « Il faut arrêter de faire les choses seules. On ne crée pas une entreprise par défaut, quand on est au chômage. On la crée quand on a un projet. » Boostée par cette intervention, les femmes sont prêtes à se mettre au travail. A midi, les porteuses de projet se dévoilent et les équipes se constituent spontanément.

Des coachings pour apprendre à parler en public

Les apprenties cheffes d’entreprises ont jusqu’au lendemain pour préciser leur projet. Avec timidité, Leila se lance dans son premier pitch. « Je veux créer un commerce de poissonnerie à Montreuil, en m’inspirant des restaurants de fruits de mer qu’on trouve près des plages égyptiennes », explique-t-elle. Le discours est hésitant, mais les membres de son équipe sont attentifs. Comme les autres entrepreneures, Leila doit remplir un canvas de business model, en indiquant la clientèle qu’elle vise, ses sources de revenus ou encore ses activités clés. Des ateliers pour apprendre à parler en public, avoir des conseils juridiques ou faire une campagne de crowdfunding sont également organisés pour aider les porteuses de projet. A l’étage en dessous, Cidalia, photographe, participe justement à l’atelier sur la prise de parole. « Les mots ne sortent pas », balbutie-t-elle. Aidée par sa coach, elle apprend à travailler sa posture pour gagner en confiance.


Ici, le numérique n’est pas la priorité

Alors que la majorité des participantes prennent des notes sur un carnet, les étudiants d’Epitech sont les seuls à pianoter sur leur ordinateur. Aucune entrepreneure n’est venue les solliciter pour créer une appli ou une plateforme digitale, alors ils s’occupent en améliorant le site web de Cidalia, la photographe. « Je pensais qu’on allait passer les deux jours à vraiment coder et développer », explique Clara, qui participe à son premier hackathon. « On a plus un rôle de com que de développeur, mais j’ai trouvé que la cause – aider des femmes avec un passé difficile à créer leur entreprise – était intéressante », ajoute Hugo, 19 ans. « Il y a peu de projets numériques », concède Thomas Appleby, bénévole de Led by Her. « Mais l’essentiel est de valoriser l’intelligence des collaborateurs. Les entrepreneures du parcours Led By Her sont seules sur leur projet. C’est la cause numéro un de l’échec », ajoute-il.

A quelques heures de la présentation finale devant un jury, les porteuses de projet ne sont plus seules. Au sein de chaque équipe, la cohésion est réelle. Assise en cercle, l’équipe de Stéphanie peaufine son pitch. « Je propose une collection de sacs et d’accessoires uniques », débute l’entrepreneure. Emmanuelle, membre de Led By Her, l’interrompt : « Ils seront vendus où ? Quelle est ta proposition de valeur ? De manière très pragmatique, les membres du jury voudront savoir comment tu fais du business. » Stéphanie ne se démonte pas et reprend jusqu’à obtenir l’approbation de son équipe. Sur scène, elle délivrera son pitch avec une assurance qu’elle était loin d’avoir en arrivant. Ce soir-là, toutes repartiront avec un prix (une journée d’accompagnement sur leur projet). Mais lors de ce hackathon, l’essentiel n’était pas de gagner. Comme le résume très bien une participante : « Je suis arrivée avec une idée et j’ai rencontré les gens qu’il fallait pour la concrétiser. »


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